Milan-Cortina 2026 : vers le modèle olympique le plus durable de l'histoire ?
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05 janvier 2026
- Tom Leray - Temps de lecture : 3 min
Face à la situation climatique mondiale, l'organisation italienne réinvente l'Olympisme. Sobriété, infrastructures existantes et efficacité énergétique : ces Jeux d'hiver se posent en véritable laboratoire de la transition écologique. On vous dit tout.
JO d'hiver 2026 : la sobriété infrastructurelle au rendez-vous
Fait inédit dans l'histoire olympique, l'événement est co-organisé par deux villes distantes de 400 km : Milan et Cortina. Ce format inédit, réparti entre la Lombardie et la Vénétie, répond à une logique de bon sens écologique. Plutôt que de tout concentrer au même endroit, l'organisation va chercher les équipements là où ils sont. L'objectif n'est plus de construire grand, mais d'optimiser l'existant et de bâtir sur le long terme.
La stratégie du réemploi
C'est le pilier de ce projet olympique, qui débutera dès le 6 février. 93 % des lieux de compétition sont déjà construits ou seront simplement temporaires. Cette approche, tracée dans la lignée de Paris 2024, évite un immense gaspillage de ressources et les « éléphants blancs ». Les épreuves se tiendront là où le sport vit déjà, et ce toute l'année.
L'Arène de Vérone : l'histoire au service de l'écologie
La cérémonie de clôture, prévue le 22 février, aura lieu dans l'Arène de Vérone, un amphithéâtre antique construit en l'an 30 après Jésus-Christ. C'est un symbole fort : le bâtiment le plus durable est celui que l'on ne détruit pas. Réutiliser ce patrimoine datant d'il y a 2000 ans permet de conjuguer histoire et optimisation des matériaux.
Des installations réversibles pour limiter l'impact
Pour les infrastructures manquantes, Milan-Cortina 2026 applique une règle stricte : si l'équipement n'a pas d'utilité garantie pour la population après les Jeux, il sera éphémère. L'exemple le plus parlant est le stade de saut à ski de Predazzo, dont les tribunes temporaires seront montées pour porter la capacité à 20 000 spectateurs.
Une fois la flamme éteinte, ces gradins seront démontés pour revenir à une jauge de 2 500 places, adaptée aux besoins locaux. Cette stratégie de la « réversibilité » évite de laisser une cathédrale de béton vide au milieu des montagnes.
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Bon à savoir
La fin de la folie des grandeurs
- 95 % vs 93 % : c'est le match de la sobriété. Paris 2024 avait placé la barre très haut avec 95 % de sites existants ou temporaires. Milan-Cortina 2026 confirme cette nouvelle ère avec un score proche.
- Le contre-exemple Sotchi : en 2014, les JO d'hiver de Sotchi, en Russie, avaient coûté plus de 50 milliards de dollars, nécessitant la construction de dizaines d'infrastructures gigantesques, dont beaucoup sont aujourd'hui à l'abandon.
Le village Olympique de Porta Romana : laboratoire d'efficacité énergétique
Situé dans le quartier de Porta Romana à Milan, le village Olympique est le seul chantier réellement majeur. Il a été pensé comme une vitrine de l'innovation durable et de l'efficacité énergétique.
De la friche industrielle au quartier NZEB (Bâtiment à énergie quasi nulle)
Ce projet réhabilite une ancienne zone ferroviaire pour en faire un modèle d'urbanisme. Les bâtiments respectent les normes NZEB (Nearly Zero Energy Building) et visent des certifications environnementales d'excellence, comme le label LEED Gold. Grâce à une isolation performante et une conception bioclimatique, ils consomment très peu d'énergie pour le chauffage ou la climatisation.
Panneaux solaires et gestion de l'eau : l'autonomie visée
Pour couvrir les besoins, les toitures fonctionnent comme des petites centrales énergétiques. Elles sont équipées de panneaux photovoltaïques permettant de produire 30 % de l'énergie nécessaire sur site. Quant à la gestion de l'eau, cette dernière est aussi optimisée : les eaux de pluie sont récupérées pour l'arrosage ainsi que les usages sanitaires, réduisant la consommation d'eau potable de plus de 50 %.
La seconde vie du village
L'après-JO est également programmé en Italie. Dès la fin des Jeux de 2026, le village Olympique sera reconverti en une résidence étudiante, notamment afin de répondre à la forte demande milanaise dans le secteur du logement. Le site deviendra un quartier ouvert sur la ville, assurant un héritage social et durable bien au-delà de la compétition.
La mobilité durable : connecter la ville à la montagne sans carbone
Un autre défi est dans la tête des organisateurs de ces fameux JO : relier Milan aux Dolomites sans faire exploser le bilan carbone. Ce grand écart géographique de 400 km s'explique par un choix fort : plutôt que de construire des sites artificiels près de la ville, les épreuves se tiendront là où la montagne est reine. Les Dolomites, classées au patrimoine mondial de l'UNESCO, offrent un décor unique et des infrastructures historiques prêtes à l'emploi. Mais pour rendre ce modèle de « Jeux diffus » compatible avec la situation climatique, l'organisation a imposé une règle stricte : l'accès direct aux sites de compétition sera interdit aux voitures individuelles.
Le train comme colonne vertébrale des Jeux
Pour absorber les flux de voyageurs sur cette longue distance, le rail est la priorité absolue. Les lignes ferroviaires ont été complètement modernisées pour offrir une alternative rapide et verte. L'objectif est de faire du train le premier réflexe pour les spectateurs et les délégations, réduisant drastiquement l'empreinte carbone du transport.
L'électrification du « dernier kilomètre » en station
Une fois arrivés en montagne, les visiteurs rejoindront les sites de compétition via des navettes électriques. Ce système de "dernier kilomètre" décarboné, emblématique de la mobilité électrique, est essentiel pour préserver la qualité de l'air et le silence de ces vallées alpines protégées.
Les défis climatiques : neige, eau et énergie
L'organisation des Jeux d'hiver impose une gestion responsable des ressources naturelles, visant particulièrement l'eau et l'électricité.
Optimiser la neige de culture pour économiser l'eau
Face à la rareté de la neige naturelle, la production artificielle est aujourd'hui nécessaire. Pour limiter l'impact, l'eau de pluie est stockée dans des bassins dédiés.
Concernant l’énergie sollicitée, le saut technologique est réel : alors qu'un enneigeur du début des années 2000 consommait environ 1,45 kWh pour produire un mètre cube de neige, les modèles actuels sont descendus à 0,7 kWh/m³. Concrètement, on produit aujourd'hui deux fois plus de neige pour la même dépense électrique.
Un réseau certifié vert
Milan-Cortina 2026 s'engage sur l'origine de son électricité. L'ensemble des sites (remontées, patinoires, éclairage) sera alimenté par un réseau couvert par des garanties d'origine 100 % énergies renouvelables, excluant donc les énergies fossiles.
Quel héritage pour la transition énergétique ?
Ces Jeux marquent un tournant dans le sport, pouvant indiquer un message positif à l'heure où ce domaine devient de plus en plus controversé. Ils démontrent qu'il est possible d'allier grand événement et respect de l'environnement grâce à l'innovation technologique et la sobriété.
Cet héritage nous concerne directement : comme pour les Jeux, la meilleure énergie reste celle que l'on ne consomme pas. En privilégiant l'efficacité, l'optimisation et les énergies renouvelables, chacun peut devenir acteur de sa propre transition énergétique.
Retrouvez dans notre article un autre événement où le sport et la transition énergétique se rencontrent : Comment le Maroc devient plus vert grâce au football ?
Questions de nos lecteurs
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La stratégie de ces Jeux repose sur le refus du gigantisme. Au lieu de bâtir de nouveaux complexes sportifs, l'organisation s'appuie à plus de 90 % sur des sites qui existent déjà ou sur des installations démontables. Cette logique permet d'éviter le bétonnage inutile des paysages alpins et contraste avec les éditions passées marquées par des constructions laissées à l'abandon.
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Ce futur quartier milanais a été pensé pour réduire sa dépendance au réseau classique. Les toits des bâtiments sont recouverts de panneaux photovoltaïques capables de générer près d'un tiers de l'électricité requise sur place. En parallèle, une conception bioclimatique et une isolation de pointe réduisent drastiquement les besoins en chauffage et en climatisation.
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L'organisation a banni les véhicules individuels des abords des sites de compétition. Pour relier la ville aux montagnes, le train devient le moyen de transport principal. Une fois arrivés en gare, les visiteurs emprunteront des navettes électriques pour rejoindre les pistes, assurant ainsi un trajet complet à très faible émission de carbone.
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L'objectif est de ne laisser aucune « cathédrale dans le désert ». Les structures temporaires, comme certaines tribunes, seront démontées pour redonner aux sites leur taille habituelle. Quant aux nouvelles constructions pérennes, comme le village olympique, elles ont déjà leur future fonction : elles seront transformées en logements pour les étudiants milanais.
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Si la neige de culture reste indispensable, sa production est devenue beaucoup plus sobre. Grâce aux technologies modernes, il faut aujourd'hui deux fois moins d'électricité pour produire la même quantité de neige qu'au début des années 2000.