Lucile Schmid (La Fabrique de l’écologie) : « Il faut chercher à comprendre les motivations de chacun pour convaincre »
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17 avril 2026
- Tom Leray - Temps de lecture : 3 min
Lucile Schmid fait de l’écologie un projet collectif, fondé sur le débat, l’ouverture aux autres et la mobilisation de chacun pour protéger la planète. Rencontre avec une femme très engagée.
« L’écologie ne peut pas être enfermée dans un carcan »
Opiniâtre. S’il fallait trouver un mot, pour qualifier le tempérament de Lucile Schmid, ce serait sans doute celui-là. Lucile Schmid, 63 ans, est donc opiniâtre. Et accessoirement, aussi, un peu du genre touche à tout… Énarque, haut-fonctionnaire, elle évolue aussi bien dans les milieux politiques, associatifs, intellectuels ou culturels. C’est que, pour elle, l’écologie ne peut pas être enfermée dans un carcan ; ne doit pas l’être, sous peine de perdre ce qui fait sa spécificité : à savoir ses vertus collectives.
Quand on évoque les questions environnementales, en effet, quand on s’intéresse à la transition écologique, on s’inscrit forcément dans un cadre global. Pour dire les choses encore plus clairement : c’est la planète qu’il faut changer, qu’il faut sauver. C’est donc un maximum de monde qu’il faut impliquer.
S’ouvrir aux autres, encore et encore
Le leitmotiv de Lucile Schmid, alors ? Faite vivre le débat, encore et encore. Savoir susciter l’intérêt, attirer l’attention, inciter à se poser des questions. « Il faut toujours prendre en compte la dimension psychologique : comment convaincre ? Comment construire des passerelles entre générations et milieux différents ? J’essaie toujours de comprendre les motivations qui peuvent pousser chacun vers l’écologie. Certains y entrent en se mettant au vélo, d’autres plutôt en s’intéressant aux enjeux liés à la souffrance animale. Il faut aller sur le terrain de la personne que l’on a en face de soi », insiste-t-elle, avant de marquer une courte pause et, dans un sourire, d’ajouter : « Finalement, je me dis que je suis peut-être un peu une psy de l’écologie. »
Au-delà de la blague, il y a un fond de vérité, une curiosité permanente. Il y a, en tout cas, cette volonté de s’ouvrir aux autres ; aux autres gens, aux autres cultures… Son histoire personnelle n’y est sans doute pas pour rien. « Mon père était botaniste et spécialiste des flores néo-calédoniennes et d’Asie du Sud-Est. J’ai donc vécu dans ces pays, loin de la France métropolitaine, jusqu’à mes 15-16 ans. J’ai grandi au contact de personnes avec d’autres valeurs, d’autres modes de vie. J’ai grandi avec, sous les yeux, des paysages tropicaux, des écosystèmes aussi spectaculaires que, déjà à l’époque, fragiles », témoigne-t-elle.
La culture comme porte d’entrée
Forcément, cela vous marque un destin. Lucile Schmid s’est nourrie au contact d’autrui. Et c’est naturellement vers autrui qu’aujourd’hui elle se tourne. « Je pense que l’on a un devoir de découvrir le monde, pour pouvoir mieux le comprendre, mieux le protéger, et je pense aussi que cela ne peut pas se faire uniquement par le prisme de son écran de télévision ou de smartphone. »
Et quoi de mieux, finalement, pour s’ouvrir au monde, que la culture ? C’est dans cet esprit qu’elle a contribué à créer, en 2017, le Prix du roman d’écologie. L’idée ? Récompenser un roman francophone qui place l’écologie au cœur de son intrigue et qui, par sa qualité littéraire, conduit les lecteurs à réfléchir à notre rapport au vivant. « La fiction est un outil précieux pour faire évoluer les mentalités. L’illustration, le témoignage, l’enquête : tout cela est fondamental pour faire découvrir les enjeux écologiques », glisse-t-elle.
L’année dernière, le Prix du roman d’écologie a récompensé Corinne Royer pour Ceux du lac, paru aux Editions du Seuil. Le lauréat 2026 sera connu le 15 avril prochain, avec une remise du prix prévue au Centre Wallonie-Bruxelles, à Paris. Ce sera assurément un temps fort pour Lucile Schmid. Mais il y en aura d’autres, car elle-même vient de publier un livre, Urgence politique, nécessité écologique, aux Presses universitaires de France (PUF). Dans cet essai, elle défend l’idée que la crise écologique est aussi une crise politique, et qu’il faut repenser les institutions, la démocratie et les décisions publiques pour répondre à l’urgence environnementale.
Défendre les institutions pour défendre l’écologie
C’est en parfaite cohérence avec son activité au sein du think-thank La Fabrique de l’écologie, dont elle fut cofondatrice, en 2013, et qu’elle préside depuis juin 2025. Il s’agit, ici, de réunir des experts, chercheurs, responsables politiques, entreprises et citoyens pour proposer des idées et des solutions sur les politiques écologiques.
« Au sein de La Fabrique de l’écologie, nous avons aujourd’hui deux priorités. Replacer la biodiversité au même niveau que la lutte contre le changement climatique, d’une part. Reconnecter les politiques sociales et environnementales, d’autre part. Lucile Schmid juge en effet plus que nécessaire « de savoir créer des alliances » et « de réhumaniser les approches » : « Défendre l’écologie, c’est aussi défendre la démocratie, l’État de droit. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas rejeter les institutions mais, au contraire, chercher à s’en servir comme leviers », conclut-elle.