Mehdi Coly (Team for the Planet) : « On ne convainc jamais en se posant en donneur de leçons »
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10 mars 2026
- Tom Leray - Temps de lecture : 2min

Loin des discours anxiogènes, Mehdi Coly a choisi l’action. Cofondateur de Team for the Planet, cet entrepreneur engagé mobilise finance, technologie et intelligence collective pour apporter des réponses concrètes à l’urgence climatique, sans dogme ni leçon de morale.
Le déclic de la paternité : comprendre avant de convaincre
À première vue, rien ne prédestinait Mehdi Coly, né à Bobigny (93) il y a quarante ans, à devenir l’un des visages les plus engagés de l’entrepreneuriat climatique français. Élevé dans un environnement où l’on croyait dur comme fer aux promesses du progrès technique et au miracle d’une croissance salvatrice, il reconnaît volontiers avoir grandi loin des milieux écologistes. Dans son entourage, beaucoup ne les considéraient que comme des « empêcheurs de tourner en rond ». C’était, aussi, un peu l’époque qui voulait cela…
Mais les temps ont changé et, pour Mehdi Coly, le virage a été pris il y a bien longtemps, déjà. Et s’il faut trouver un déclic, sans doute faut-il le chercher dans la naissance de son premier enfant, l’année de ses 33 ans. « J’ai commencé à beaucoup me documenter sur les sujets environnementaux, à regarder des conférences, à me renseigner, à droite et à gauche. J’ai lu et écouté Jean-Marc Jancovici, j’ai lu Comment tout peut s’effondrer de Pablo Servigne et Raphaël Stevens. Je voulais essayer de comprendre toutes ces idées, ces réflexions qui émergeaient. Je voulais, surtout, pouvoir me forger ma propre conviction. »
Très vite, Mehdi Coly en tire ce constat : l’urgence climatique n’appelle pas la sidération, mais la mise en mouvement. Pas question, face à l’état du monde, pourtant particulièrement dégradé, de sombrer dans l’éco-anxiété. Ce n’est pas son genre. Lui, c’est une vraie âme d’entrepreneur ; d’homme action. « Je ne suis ni un intellectuel, ni un théoricien. J’ai besoin de comprendre les enjeux et, quand dans ma tête c’est bien clair, j’ai envie de transformer tout cela en choses très concrètes », explique-t-il.
Le passage à l’action avec Team for the Planet
Cette énergie, il la met ainsi au service d’un programme inédit, Team for the Planet, fondé en 2019 avec cinq associés. L’idée ? Soutenir financièrement des projets luttant contre le changement climatique, via un système de financement participatif. A date, plus de six ans après la création, 14 solutions très concrètes ont déjà été sélectionnées, financées et transformées en entreprises actives, œuvrant pour combattre le changement climatique : par exemple des technologies pour réduire les émissions de CO₂, valoriser les déchets ou encore produire de l’énergie propre. Cela représente déjà quelque 37 millions d’euros d’investissements, réalisés auprès de plus de 130 000 actionnaires.
Parmi elles, il y a Beyond the Sea, cette start-up française, fondée par le navigateur Yves Parlier, qui développe un système de traction par voile (des ailes géantes de kite) destiné à différents types de navires (plaisance, pêche ou commerce) et qui permet de diminuer l’impact environnemental en limitant l’utilisation des moteurs. Il y a, aussi, Cool Roof France, qui propose des revêtements thermo-réfléchissants blancs pour les toitures, afin de mieux réfléchir la lumière, et ainsi réduire la chaleur à l’intérieur des bâtiments. A la clé : une réduction de l’usage de la climatisation jusqu’à 40 %. Ou encore, Air Booster, une autre start-up française qui, elle, transforme les façades des bâtiments en capteurs solaires aérothermiques, permettant de chauffer et rafraîchir les bâtiments tout en réduisant la consommation d’énergie et les émissions de CO₂.
Pour Mehdi Coly, ces réalisations sont une fierté : « L’essentiel est d’agir, à son niveau et suivant ses compétences », sans dogme préconçu, ni naïveté. « Nous ne disons jamais, au sein de Team for the Planet, que la technologie va sauver le monde. Nous disons simplement qu’elle peut être une partie de la solution. » Le reste est affaire de conscience. Que chacun prenne ses responsabilités et fasse un pas… vers le changement. « Oui, j’en suis convaincu, avec moins d’énergie on peut être très bien, avec moins de consommation on peut vivre mieux », glisse-t-il.
Et bientôt un livre…
Ce sera l’objet, d’ailleurs, d’un livre à paraître au printemps 2026, aux éditions Leduc/Albin Michel, Ecolo mais pas relou. « On doit absolument inventer une autre façon de parler de l’écologie. Le problème n’est pas le fond : on sait ce qu’il faut faire. Le problème est la forme, parce que vous ne pouvez pas donner envie aux gens de changer le monde si les promoteurs de ce monde ne sont pas attractifs… C’est injuste, parce que ce sont les personnes les plus lucides sur l’état de la planète qui ont la lourde charge de convaincre les autres, mais il faut absolument prendre le monde tel qu’il est et pas tel qu’on voudrait qu’il soit. Oui c’est injuste, mais on peut relever ce défi », explique-t-il dans un post LinkedIn annonçant la sortie à venir de son ouvrage.
En attendant, Mehdi Coly met en pratique ces grands principes de vie au quotidien. « Je ne mange presque jamais de viande. Je fais 95 % de mes déplacements à vélo. J’ai décarboné mon chauffage en installant une pompe à chaleur chez moi. Et je n’ai jamais été très matérialiste donc j’achète très peu et la plupart du temps seulement d’occasion », détaille-t-il. Bien sûr, il est conscient que ce mode de vie n’est pas adapté à tous. Et, d’ailleurs, il n’est pas question, pour lui, d’imposer ses idées aux autres : « On ne convainc jamais en se posant en donneur de leçons. Mais, en revanche, on peut susciter la curiosité et participer à éveiller les consciences. » C’est ainsi qu’il conseille, à ceux qui le voudraient, de lire Ralentir ou périr : l'économie de la décroissance, de Timothée Parrique, paru aux éditions du Seuil en 2022. « C’est un livre brillant, qui répond à tout », juge-t-il. Sans oublier l’album de bande-dessinée Le Monde sans fin, de Christophe Blain et Jean-Marc Jancovici, paru en 2021 chez Dargaud.