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Du terrain aux tables de décision, Souba Manoharane Brunel fait entendre la voix des femmes

16 février 2026 - Tom Leray - Temps de lecture : 2 min

Plenitude, écologie, Souba Manoharane Brunel, Les Impactrices,  transition écologiqueÀ la tête de l’association Les Impactrices, Souba Manoharane Brunel incarne une nouvelle génération d’actrices de la transition écologique. De l’entreprise à l’engagement associatif, elle défend une écologie qui donne toute leur place aux femmes, premières impactées mais trop souvent exclues des décisions. 

Souba Manoharane-Brunel et Les Impactrices

À 39 ans, Souba Manoharane-Brunel dirige Les Impactrices, une association qu’elle a fondée pour faire avancer la place des femmes dans la transition écologique. Fille d’immigrés indiens, ancienne directrice RSE en entreprise, elle a choisi de créer son propre cadre d’action, à la croisée de l’écologie, de l’égalité et du soin collectif. Depuis Paris, elle développe aujourd’hui un réseau actif, des formations, des outils et un festival pour que celles qui sont les premières concernées puissent aussi prendre part aux décisions.

Pour aller plus loin, découvrez notre article sur le festival écologique.

Des bancs de l’école de commerce aux premiers déclics

Souba Manoharane-Brunel a grandi à Meaux, en Seine-et-Marne, dans une famille originaire de Pondichéry. Après le bac, elle intègre une école de commerce mais, rapidement, le doute s’installe. Elle ne se reconnaît pas dans cet environnement. « Je me disais : qu’est-ce que je fais là ? », raconte-t-elle. Le sentiment de décalage est fort, entre ses valeurs personnelles et ce monde centré sur la compétition et la performance.

Le déclic survient lors d’un projet de groupe, dès la première année. Les étudiants doivent réaliser un audit environnemental dans une entreprise, autour de la norme ISO 14001. Ce sera pour elle une révélation. « Je peux faire une école de commerce et rester alignée avec mes convictions. » Elle découvre la RSE encore peu connue à l’époque et comprend qu’elle peut mettre ses compétences au service d’un projet utile. L’alternance qu’elle effectue dans cette entreprise se transforme en CDI. Elle y fera toute sa première partie de carrière.

Elle grimpe les échelons, jusqu’à devenir directrice RSE. À seulement 27 ans, elle entre au comité de direction du groupe. « J’étais aussi la plus jeune directrice, et une des deux seules femmes. » Face à elle, des profils homogènes : hommes blancs, plus âgés, issus des mêmes écoles. Elle se sent en décalage. « Moi, j’étais une femme de couleur, issue de banlieue. »

L’expérience de son congé maternité, et surtout de son retour, marque un tournant. « Ça ne s’est pas bien passé. Ce n’est pas une histoire exceptionnelle, malheureusement. » Ce moment cristallise une prise de conscience. Elle réalise que, même en ayant un poste à responsabilités, son rôle reste fragile. Ce sera le point de départ d’un changement de cap.

En 2017, elle quitte l’entreprise et crée la Financière Devheena, une société d’investissement dédiée à la transition énergétique et écologique, avec des projets en France et dans son pays d’origine en Inde. Pour elle, c’est une manière concrète d’agir, à partir de ses compétences en finance et de ses attaches culturelles. Dans le même temps, elle fonde un cabinet de conseil en stratégie RSE. Ces deux structures lui permettent de se lancer dans un projet associatif plus personnel, qu’elle finance elle-même au départ : Les Impactrices.

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Les Impactrices, ou l’écoféminisme en action

Créée en 2017, l’association Les Impactrices milite pour une écologie féministe et inclusive. Sa mission : faire émerger la voix des femmes dans la transition écologique, « du terrain jusqu’aux tables de décision » car pour Souba « si nous ne sommes pas à ces tables de décisions, c’est que nous sommes au menu ». Elle s’adresse donc à toutes les femmes issues des banlieues, des zones rurales, des territoires ultramarins, souvent oubliées, rarement représentées. « On fait partie de la moitié de l’humanité, on est les premières personnes impactées, mais on n’est pas là quand il faut décider », rappelle-t-elle.

L’association repose sur cinq piliers :

  • un média,
  • un festival annuel : le Printemps des Impactrices qui aura lieu cette année en octobre,
  • des formations au leadership,
  • un pôle plaidoyer,
  • et une fresque pédagogique.

Cette fresque de l’écoféminisme, conçue avec GCC-CliMates, permet de comprendre le lien entre oppression des femmes et destruction du vivant. « Le capitalisme exploite les ressources naturelles comme le patriarcat exploite les femmes. Ce sont les mêmes mécanismes. ». Comprendre cela c’est agir directement à la racine du problème et ainsi trouver des solutions à la hauteur du défi climat.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 2 800 personnes accompagnées, 728 femmes formées. Mais très vite, Souba Manoharane Brunel comprend que le problème est structurel. « On les forme, on leur donne du pouvoir, mais si les structures ne sont pas prêtes à les accueillir, elles arrivent dans des espaces où on ne les entend pas. » C’est pourquoi l’association a pris un virage systémique, avec un travail de plaidoyer, et la production d’outils collectifs pour changer les représentations aux tables de décisions au niveau national, à l’Assemblée nationale, européen via la Commission Européenne voir même à international dans les travaux de la COP.

Son engagement ne se limite pas au politique : il est aussi profondément personnel et culturel. « Ce que je fais aujourd’hui, je le fais avec tout ce que j’ai : mes compétences, mon expertise, mon argent, ma voix. Pour une seule raison : laisser un monde meilleur à mon fils et aux générations futures. »

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