Frédérick Mathis, l’école par les mains
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29 juin 2026
- Dina Hayan - Temps de lecture : 2 min

« Voir l’étincelle dans les yeux d’un jeune ou d’un moins jeune qui a fabriqué quelque chose de ses mains, ça n’a pas de prix. » Chez Frédérick Mathis, tout part de là : de cette conviction simple que faire, construire, réparer, cultiver ou transformer peut redonner confiance à celles et ceux que l’école classique a parfois laissés sur le bord du chemin.
Les écoles ETRE
Cofondateur des écoles ETRE, les écoles de la transition écologique, il défend depuis plusieurs années une autre manière d’apprendre. Une pédagogie ancrée dans le concret, tournée vers les métiers manuels et les enjeux écologiques. À la croisée de l’insertion, de la formation et de la transition environnementale, son projet poursuit un objectif clair : permettre à des jeunes en rupture de parcours de retrouver une place, un cap et une utilité dans un monde en pleine transformation.
Un rêve d’enfant devenu projet collectif
Frédérick Mathis raconte souvent que son envie de créer une école remonte à l’enfance. Un rêve longtemps gardé en tête, avant de prendre corps à Lahage, en Haute-Garonne, avec l’association 3PA, puis avec la création de la première école ETRE en 2017.
Mais cette école n’a rien d’un modèle figé. Elle est née de rencontres, de tâtonnements, de besoins exprimés sur le terrain. Face à des jeunes déscolarisés, éloignés de l’emploi ou en perte de confiance, Frédérick Mathis et ses équipes font le pari d’une école qui ne commence pas par la théorie, mais par l’expérience. Une école où l’on apprend en manipulant, en essayant, en se trompant, en recommençant.
Remettre les mains au cœur de l’apprentissage
Dans les écoles ETRE, les métiers de la transition écologique deviennent des supports de remobilisation. Maraîchage biologique, menuiserie, rénovation énergétique, économie circulaire, énergies renouvelables, réemploi : les jeunes découvrent des savoir-faire, mais aussi une manière de se projeter dans l’avenir.
Cette pédagogie permet de renouer avec la confiance, souvent abîmée par des parcours scolaires heurtés. Fabriquer un objet, participer à un chantier, voir le résultat tangible de son travail : autant de petites victoires qui peuvent changer le regard que l’on porte sur soi-même.
Pour Frédérick Mathis, les métiers manuels ne sont pas des voies de relégation. Ils sont au contraire au cœur du monde qui vient. Car la transition écologique ne se fera pas seulement avec des idées ou des discours : elle aura besoin de femmes et d’hommes capables d’isoler des bâtiments, de produire autrement, de réparer, de cultiver, de transformer les ressources avec sobriété.
En ce sens, les écoles ETRE réhabilitent une évidence parfois oubliée : les métiers de demain seront aussi des métiers de mains.
Des formations courtes, concrètes et gratuites
Depuis la première école ouverte à Lahage, le réseau a essaimé dans toute la France. Actuellement 33 écoles et une quarantaine d'ici la fin de l'année, les écoles ETRE maillent le territoire, avec une même logique : s’ancrer localement, au plus près des jeunes, des associations, des entreprises et des besoins en compétences.
Concrètement, les formations s’adressent aux jeunes de 16 à 25 ans, souvent en décrochage scolaire, en recherche d’orientation ou éloignés de l’emploi. Elles sont gratuites pour les participants et ne reposent pas sur un niveau scolaire préalable. Le seul point de départ, c’est l’envie d’essayer.
Les parcours sont progressifs. Certains durent quelques jours ou quelques semaines pour découvrir des métiers, reprendre un rythme, retrouver confiance. D’autres s’étalent sur plusieurs mois pour aller plus loin, confirmer un projet professionnel, préparer une entrée en formation qualifiante, en apprentissage ou en emploi.
Au programme : des ateliers pratiques en petits groupes, des chantiers collectifs, des réalisations utiles, des visites d’entreprises, des rencontres avec des professionnels et un accompagnement socio-professionnel individualisé. Les jeunes ne restent pas assis à écouter parler de transition écologique : ils la touchent, la fabriquent, l’expérimentent.
Pour aller plus loin, découvrez l’interview de Lucile Schmid sur la Fabrique de l’écologie.
C’est sans doute là que se joue la singularité des écoles ETRE. Elles ne promettent pas seulement une formation. Elles proposent une remise en mouvement. Quand on lui pose la question de sa plus grande fierté, Frédérick Mathis ne cite pas le nombre d’écoles ouvertes. Il parle d’abord de cette étincelle qui revient dans les yeux de celles et ceux qui découvrent qu’ils sont capables de faire. Une émotion qui n’a pas de prix.