La géothermie en France : une énergie du sous-sol encore sous-exploitée
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20 juillet 2026
- Tom Leray - Temps de lecture : 4 min

La géothermie en France fournit une chaleur locale, régulière et bas carbone, mais sa place dans le mix énergétique reste modeste par rapport à son potentiel réel.
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Les éléments clés à retenir
La production française est majoritairement orientée vers la chaleur (2 TWh en 2023).
L’électricité géothermique ne représentait que 0,1 TWh la même année.
La France joue un rôle important en Europe, notamment pour la production de chaleur, mais elle reste en retrait à l’échelle mondiale.
Qu'est-ce que la géothermie et comment est-elle exploitée en France ?
La géothermie consiste à exploiter la chaleur du sous-sol pour produire de l’électricité, de la chaleur, du froid ou du rafraîchissement.
Quels sont les différents types de géothermie ?
Nous distinguons tout d’abord la géothermie de surface, aussi appelée très basse énergie. Le principe est de capter la chaleur à faible profondeur, généralement moins de 200 m, via une pompe à chaleur (PAC). La température récupérée est inférieure à 30 °C. La géothermie de surface représente aujourd’hui deux tiers de la chaleur produite par géothermie en France.
Vient ensuite la géothermie profonde. Elle regroupe :
- la géothermie basse température (ou basse énergie),
- et la géothermie haute température (ou haute enthalpie).
Très souvent connectée à un réseau de chaleur urbain, la géothermie basse température exploite des aquifères plus profonds, jusqu’à 2 000 mètres, par l’intermédiaire d’un puits producteur et d’un puits injecteur. La température est comprise entre 30 et 90 °C.
Quant à la géothermie haute température, elle exploite des températures supérieures à 150 °C, généralement à plus de 1 500 m de profondeur. Elle rend possible la production d’électricité. Nous observons ces températures dans les régions volcaniques, notamment.
Quelle est la place de la géothermie dans le mix énergétique français ?
La géothermie reste encore minoritaire dans le mix énergétique, mais elle occupe déjà une place utile dans la production de chaleur renouvelable. L’énergie géothermique totalise 2,1 TWh (térawattheures) en 2023, dont 2 TWh de chaleur livrée, hors pompes à chaleur géothermiques. La production d’électricité géothermique reste de son côté marginale à l’échelle nationale, avec 0,1 TWh injecté sur les réseaux.
Selon les statistiques 2024 relayées par EDF, la France a produit 127 GWh (gigawattheures) d’électricité géothermique, et 6,75 TWh pour la chaleur et le rafraîchissement.
Où la géothermie est-elle exploitée en France ?
La géothermie se déploie surtout dans les bassins sédimentaires, les zones favorables à la chaleur du sous-sol et certains territoires volcaniques.
Pourquoi l'Alsace est-elle au cœur de la géothermie française ?
L’Alsace est une zone de référence pour la géothermie profonde, car le fossé rhénan présente une structure géologique favorable et un gradient thermique élevé. La centrale de Soultz-sous-Forêts (Bas-Rhin) est un des deux sites français de production électrique géothermique, avec celui de Bouillante en Guadeloupe. Le site de Soultz-sous-Forêts a d’abord servi de laboratoire avant d’entrer en production industrielle en juin 2016. Cette spécificité fait de l’Alsace un cas d’école. Située en Alsace elle aussi, la centrale de Rittershoffen, mise en production à la même date, alimente un site industriel en chaleur renouvelable.
Quelles autres régions exploitent la géothermie en France ?
La géothermie est également présente dans le Grand Est, en Île-de-France, ainsi qu’en Nouvelle-Aquitaine. Des demandes de permis exclusifs de recherche sont par ailleurs en cours d’instruction dans plusieurs autres régions et territoires, dont l’Auvergne-Rhône-Alpes, les Hauts-de-France, la Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Martinique, la Réunion et Mayotte.
Quelle est la situation de la géothermie en Guadeloupe ?
La Guadeloupe occupe une place à part. L’archipel est aujourd’hui la seule zone ultramarine à utiliser la géothermie pour produire de l’électricité grâce à sa ressource volcanique, avec encore de fortes perspectives de développement. Le site de Bouillante est alimenté par des puits de production exploitant une température d’environ 250-260 °C.
La centrale, mise en service en 1986 par EDF, dispose d’une capacité installée de 15 MW et devrait prochainement atteindre 25 MW avec de nouveaux forages et unités de production. Elle génère aujourd’hui jusqu’à 110 GWh/an, soit 5 à 6 % de la consommation annuelle d’électricité de l’archipel.
Quelle place occupe la France dans la géothermie à l’échelle mondiale ?
La géothermie reste une énergie encore peu développée dans le monde. La production mondiale d’électricité géothermique atteint environ 96,7 TWh en 2024, soit moins de 1 % de la demande énergétique mondiale. Présente dans une trentaine de pays, elle est surtout concentrée aux États-Unis, en Indonésie et aux Philippines. Avec seulement 127 GWh produits en 2024, la France n’est pas un acteur majeur au niveau mondial pour la production d’électricité géothermique. Elle se distingue davantage en Europe, où elle se hisse comme second producteur de chaleur issue de la géothermie profonde, derrière l’Italie et devant la Hongrie.
Comment fonctionne une centrale géothermique ?
Une centrale géothermique exploite la chaleur du sous-sol pour produire de l’énergie utile, grâce à un système de captage, de transformation et souvent de réinjection.
Comment l'eau chaude souterraine est-elle captée et transformée en énergie ?
Le processus débute par un forage dans une zone où la ressource est suffisamment chaude et accessible. L’eau chaude ou la vapeur naturellement présente remonte à la surface sous pression. La chaleur captée est ensuite utilisée soit directement pour alimenter des réseaux de chauffage ou de refroidissement, soit indirectement pour entraîner un cycle de production électrique, via une turbine et un alternateur.
Dans les systèmes de géothermie profonde, l’eau est généralement réinjectée dans le sous-sol après usage afin de préserver la ressource et de maintenir la pression du réservoir.
Pour aller plus loin, consultez aussi notre article sur le prix du forage géothermique.
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À noter : deux exemples pour illustrer ce principe
À Bouillante, la chaleur d’origine volcanique permet une production directe de vapeur pour produire de l’électricité. À Soultz-sous-Forêts, l’eau injectée est réchauffée au contact de roches profondes, puis récupérée avant d’alimenter la production électrique.
Quelle est la différence entre une centrale thermique et une centrale électrique géothermique ?
Une centrale thermique fournit directement de la chaleur ou sert à produire du froid. Adaptée aux aquifères de température moyenne ou basse, elle alimente les réseaux urbains, les serres, les piscines, ou est utilisée pour certains procédés industriels. Une centrale électrique géothermique convertit quant à elle la chaleur en électricité. Elle nécessite des températures beaucoup plus élevées et des conditions géologiques spécifiques.
La géothermie française a-t-elle encore un potentiel de développement ?
Oui, le potentiel est réel. La filière bénéficie d’un cadre public plus structuré qu’auparavant, mais elle doit encore surmonter certains obstacles.
Quels sont les objectifs fixés par la politique énergétique française pour la géothermie ?
La France entend accélérer le développement de la géothermie, une énergie encore peu exploitée malgré son potentiel. Elle ne représente dans notre pays qu’environ 1 % de la chaleur produite. Cette énergie renouvelable est pourtant disponible sur plus de 90 % du territoire et pourrait couvrir au moins 70 % des besoins thermiques de bâtiments ou des procédés industriels/agricoles. La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) présentée en 2025 fixe un cap ambitieux : multiplier par quatre la production de chaleur géothermique en France métropolitaine d’ici 2035.
Dans le détail, l’objectif est d’atteindre :
- 10 TWh de chaleur issue de la géothermie de surface d’ici 2030, puis 15 à 18 TWh en 2035,
- 6 à 8-10 TWh pour la géothermie profonde à l’horizon 2035.
Quels sont les freins au développement de la filière géothermie en France ?
Le principal frein reste les coûts initiaux élevés. Les opérations de forage, en particulier pour la géothermie profonde, sont complexes et nécessitent des investissements importants avant même de garantir la présence d’une ressource exploitable. En métropole, la géothermie électrique ne concerne par ailleurs que quelques zones très favorables. La filière doit aussi composer avec des délais administratifs parfois longs liés aux autorisations.
La géothermie en France présente des atouts majeurs : une ressource locale abondante, une faible empreinte carbone et des applications variées. Son développement reste encore marginal, mais fait l’objet d’un soutien croissant de la part des pouvoirs publics.
Questions de nos lecteurs
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Elles sont à l’heure d’aujourd’hui au nombre de deux : Bouillante en Guadeloupe et Soultz-sous-Forêts en Alsace.
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Oui, la production géothermique française est d’abord thermique, avec 2 TWh de chaleur livrée en 2023, contre 0,1 TWh pour l’électricité.
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Oui, elle est présentée comme une énergie renouvelable, locale et à faible émission de gaz à effet de serre.